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Après les condamnations des dirigeantes catalanes

Paul B. Preciado 19/10/2019
Déclarons-nous tou·tes complices de de la remise en cause d’un État-nation autoritaire et violent.

Tradotto da Fausto Giudice
La nouvelle de la sentence de la Cour suprême espagnole me parvient par courriel pendant que je suis à Venise. Les Écrits corsaires de Pasolini m’accompagnent comme un talisman : j’y cherche refuge. Je me demande comment la “démocratie espagnole” va fonctionner – si cette expression n’était pas devenue désormais un oxymore – : par la répression policière, la criminalisation politique et la censure ? Nous entrons dans une nouvelle ère où les conditions de répression institutionnelle et de corruption légitimée que nous avons connues au Pays Basque s’étendent à la Catalogne. Ce qui se passe est trop grave pour continuer comme si de rien n’était. Nous nous trouvons face à un État-nation espagnol paranoïaque, incapable de résister à une quelconque critique, à une quelconque remise en question de son mode de fonctionnement et à une quelconque réarticulation de ses structures gouvernementales.
Il est inimaginable que, même s’ils n’ont pas pu être accusés de rébellion et qu’il est évident pour tous que l’organisation du référendum a été totalement pacifique, des peines de prison très élevées ont été demandées pour ceux qui occupaient des postes politiques. Dans le cas de ceux qui n’avaient aucune responsabilité politique, les sanctions requises sont injustifiables et constituent une punition publique et une dérision exemplaire à l’égard de toute initiative culturelle associée à l’indépendance. Ces condamnations touchent directement tous ceux d’entre nous qui représentons la société civile, qui travaillons dans et avec la culture, avec la poétique du changement et avec l’imagination politique.
NOUS SOMMES TOU·TES JORDI CUIXART
La situation actuelle est suffisamment grave pour que l’Assemblée nationale espagnole soit dissoute et que le Parlement soit libéré du contrôle électoral et idéologique des politiciens. Le contrat social signé à la mort de Franco et ses promesses de démocratisation ont échoué. Nous avons besoin d’un nouveau contrat social. Transformons l’Assemblée en une école de la démocratie et faisons de chaque place un nouveau Parlement dans lequel nous pouvons collectivement nous demander comment nous voulons être gouvernés. Déclarons-nous tou·tes complices de la remise en cause d’un État-nation autoritaire et violent et voyons ce qui se passe lorsque plus de 6 millions de personnes devront être jugées dans les mêmes conditions que Jordi Cuixart.