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Fusions et effusions : misère de la gauche sioniste en Israël

Gideon Levy 25/07/2019
La gauche sioniste sait comment séparer le bon grain de l’ivraie : elle choisira toujours l’ivraie. C’est ce qui arrive quand tout est vide, quand on n’a pas de vision du monde, quand on n’ a pas de réponse aux questions fatidiques, quand on n’a pas de vraies solutions et qu’il n’y pas de différence majeure entre vous et la droite.

Tradotto da Fausto Giudice
C’est quelque chose que la gauche doit masquer, et elle est très habile à le faire : elle se cantonne aux futilités. Là, elle peut se travestir en gauche, lancer des cris de guerre pathétiques, se sentir bien dans sa peau, monter aux barricades.
Mais elle monte aux barricades sur les questions les plus anodines. Elle évite la question qui brûle vraiment comme le feu, de peur de se retrouver à poil dans toute sa honte. À ce sujet, elle n’a rien à dire, à part des paroles en l’air, du blabla, des slogans et de l’hypocrisie de la part de ceux qui sont les principaux responsables de cette occupation [des territoires occupés en 1967, NdT].
Lors des dernières élections, la gauche sioniste a choisi la haine de Netanyahou comme thème phare. Si seulement l’ennemi détesté disparaissait, tout serait génial. Mais dans la campagne actuelle, la haine à l’égard de Netanyahou s’est un peu estompée : il est déjà question de siéger dans un gouvernement conjoint avec lui.
Au lieu de cela, c’est la coercition religieuse, le plus grand danger auquel Israël serait confronté, qui a été lancée sur le ring. Un ministre de l’Éducation zinzin propose une thérapie de conversion pour les gays : c’est la fin du monde. Des soldats ont été renvoyés à leur base un shabbat à cause du jeûne du 17 Tammouz*, et dans une ville, une école laïque est devenue religieuse : c’est une guerre sainte, en termes neutres. Les porte-parole de la gauche, qui n’ont pas le courage de faire face à la présence de l’occupation – comparée à laquelle, toute autre question est absolument marginale – déclament des discours qui crachent du feu sur la nouvelle menace nationale.
Le fait qu’Israël était un pays incomparablement plus religieux sous le précurseur du Parti travailliste, le Mapai – sans un seul magasin ouvert le jour du shabbat ni un cinéma ouvert la veille du shabbat – ne change rien. Nous sommes au milieu d’une bataille héroïque. La coercition religieuse fait tourner le sang de la gauche progressiste : elle tremble de passion, sa bouche écume.
Elle déteste les ultra-orthodoxes presque autant que Netanyahou, et cette haine est enveloppée dans un souci hypocrite du bien-être de la démocratie. Mais un parti nommé Israël démocratique ignore l’occupation, comme si Israël pouvait même être qualifié de démocratie alors qu’il a une dictature maléfique dans son arrière-cour.
Maintenant, la gauche sioniste est préoccupée par les fusions. Qui va courir avec qui ? C’est une guerre mondiale. Deux sièges et demi de la Knesset sans idéologie cherchent des partenaires pour un ticket commun. Cela fait longtemps que la gauche s’est occupée de telles inepties.
Ehud Barak et le député de Meretz Esawi Freige ont complètement bouleversé la situation. Meretz avec Barak, le Parti travailliste d’Amir Peretz sans aucun d’eux, Peretz avec Orli Levi-Abekasis, et où sera Stav Shaffir (gasp !)? Nous attendons en retenant notre souffle. Il reste une semaine avant que les ardoises pour la Knesset soient finalisées, et d’ici là, vous et moi aurons changé le monde.
Dans ce vide, dépourvu de tout contenu, toute fusion est évidemment possible. Barak s’excusera et deviendra le héros des Arabes ; les guerriers contre la corruption de Netanyahou blanchiront les connexions sales de Barak ; Avigdor Lieberman est devenu le héros de la gauche. La fin justifie tous les moyens.
Mais quelle est cette fin ? Quel est le but de la gauche, à part se débarrasser de Netanyahou ? Pourquoi est-il important que la gauche ne perde pas de sièges à la Knesset quand il n’y a pas de plan – pas de la gauche, et évidemment pas de son jumeau, le centre ?
La gauche veut mettre fin à la coercition religieuse. Merveilleux, comme c’est réconfortant. Elle veut aussi préserver la Cour suprême afin que celle-ci puisse continuer à légitimer les crimes de l’occupation. Mais quoi d’autre ? Va-t-elle mettre fin au siège de la bande de Gaza ? Va-t-elle geler la construction dans les colonies ? Va-t-elle empêcher les soldats de tirer de manière routinière sur des enfants, comme cela s’est produit récemment, sans que personne ne soit puni ?
Israël va-t-il continuer à expulser les demandeurs de justice venus d’outre-mer ? Va-t-il cesser sa guerre grotesque du renseignement contre le mouvement BDS ? Allons-nous à nouveau envahir Gaza, ce que la gauche sioniste sait mieux faire que quiconque ?
Ce sont ces questions qui, plus que toute autre, détermineront le caractère d’Israël. Pourtant, la gauche sioniste n’a pipé mot là-dessus. Elle n’a rien à dire à leur sujet. Elle n’a pas encore eu le temps : elle a des fusions à faire maintenant.
Votez pour eux. Ils sont notre espoir. Laissez Yaya Fink**, qui a quitté le Parti travailliste pour Barak, trouver un endroit où se sentir chez lui.
NdT
*Le dix-septième jour du mois de tammouz (hébreu : Shiva Assar BeTammouz) est, dans le judaïsme rabbinique, l’un des quatre jeûnes publics institués par les prophètes. Correspondant selon la tradition rabbinique au « jeûne du quatrième mois » évoqué dans le Livre de Zacharie, il commémore une série de calamités ayant frappé le peuple judéen et inaugure la période des trois semaines. Le jeûne est en vigueur de l’aube au crépuscule, sans restrictions d’activité.
**Yaya Fink, né à Jérusalem de parents émigrés des USA, a été parachutiste. Il a inventé une nouvelle variante du sionisme de gauche, à la fois religieux (respect du shabbat), gay-friendly et favorable au mariage civil entre juifs. Il était en 12ème position sur la liste du Parti travailliste aux dernières élections, mais celui-ci n’a eu que 6 élus. Il a donc décidé de tenter sa chance aux prochaines élections avec Ehud Barak et son nouveau parti, ‘Yisrael Democratit’. Ci-dessous, Barak avec sa toute dernière acquisition, Yaya.