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Brésil : depuis sa prison, Lula dit au monde qu’il est de retour dans le jeu

Pepe Escobar 01/09/2019
Pendant ce temps, les feux font rage en Amazonie et le Président brésilien Bolsonaro est devenu la cible de l’indignation mondiale.

Le Brésil a toujours été un pays de superlatifs. Pourtant, rien ne vaut la configuration perverse actuelle : un homme d’État mondial reste en prison alors qu’un clown voyou est au pouvoir, ses bouffonneries étant désormais considérées comme une menace pour la planète entière.
Au cours d’une longue interview de deux heures, en exclusivité mondiale, réalisée dans une salle de la prison de la Police Fédérale à Curitiba, dans le sud du Brésil, l’ancien Président Luis Inacio Lula da Silva a non seulement défendu devant l’opinion publique mondiale son innocence dans toute la saga de corruption de Lava Jato, confirmée par les fuites explosives révélées par The Intercept, mais il a également repris sa place en tant que dirigeant mondial. Sans doute plus tôt que tard – en fonction d’une décision fatidique et prochaine de la Cour Suprême du Brésil, pour laquelle la justice n’est pas complètement aveugle.
La demande d’interview a été faite il y a cinq mois. Lula s’est entretenu avec les journalistes Mauro Lopes, Paulo Moreira Leite et moi-même, représentant dans les trois cas le site Brasil247 et dans mon cas Asia Times. Un montage préliminaire, avec une seule caméra se concentrant sur Lula, a été publié jeudi dernier, le jour de l’interview. Une version intégrale, sous-titrée en anglais, destinée à l’opinion publique mondiale, devrait être publiée d’ici la fin de la semaine.
Lula est une incarnation visible de la maxime de Nietzsche : tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. En pleine forme (il fait du tapis roulant au moins deux heures par jour), vif, avec beaucoup de temps pour lire (son dernier essai était un essai sur Alexander von Humboldt), il a montré son ampleur, sa portée et sa maîtrise de multiples sujets – parfois comme s’il faisait partie d’une histoire de réalisme fantastique de Garcia Marquez.
L’ancien Président vit dans une cellule de trois mètres sur trois, sans barreaux, avec la porte ouverte, mais toujours deux policiers fédéraux à l’extérieur, sans accès à Internet ou à la télévision par câble. L’un de ses assistants lui apporte consciencieusement un stylo lecteur tous les jours, remplie de nouvelles politiques, et repart avec une myriade de messages et de lettres.
L’interview est encore plus étonnante lorsqu’elle est placée dans le contexte littéralement incendiaire de la politique brésilienne actuelle, flirtant activement avec une forme hybride de semi-dictature. Alors que Lula parle de l’essentiel et retrouve clairement sa voix, même en prison, le Président Jair Bolsonaro s’est fait passer pour une cible de l’indignation mondiale, largement considérée comme une menace pour l’humanité qui doit être contenue.
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