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Les tensions avec la Turquie accroissent l’immigration via la Grèce

Par Sofia
Elanidou, EURACTIV, 14 mag 2018

Le nombre
de réfugiés traversant les frontières terrestres de la Grèce est reparti à la
hausse. Une situation exacerbée par les tensions politiques avec la Turquie.
[Shutterstock/Viktor
Loki
]

Selon les
données du HCR, en avril seulement, 2
900 personnes sont entrées en Grèce par des
passages terrestres aux frontières du fleuve Évros, principalement des familles
syriennes et iraquiennes.

Cette
augmentation des flux migratoires via l’Évros serait le résultat des récentes
tensions entre la Grèce et la Turquie.
Les
autorités grecques soupçonnent les gardes-frontières turcs de fermer les yeux
sur les tentatives d’incursion des réfugiés en Grèce, afin de faire pression
sur Athènes et Bruxelles au sujet du report de la libéralisation des visas pour
les ressortissants turcs.
Entre-temps,
l’Agence européenne de protection des frontières et des garde-côtes (Frontex)
s’est dite prête à renforcer son action à la frontière terrestre entre la Grèce
et la Turquie en raison de l’augmentation des flux migratoires, a déclaré
Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission européenne.
Les îles
grecques réclament une assistance immédiate
Au cours
des quatre premiers mois de cette année, un total de 7
300 personnes sont entrées en
Grèce, contre 4
761 arrivées l’année dernière, selon les données de l’Organisation
internationale pour les migrations (OIM).
Actuellement,
plus de 13
500 réfugiés
sont hébergés dans des installations temporaires d’une capacité de seulement 5
500 personnes sur les îles de
Chios, Samos et Lesvos.
«Cette surpopulation crée des
situations complexes et difficiles
», a déclaré Christiana Kalogirou, gouverneure de
la région du nord de la mer Égée, lors d’une récente conférence sur la
migration à Bruxelles.
«Depuis trois ans, dans les îles du
nord de la mer Égée, nous en subissons toutes les conséquences, tant dans notre
vie quotidienne que dans notre activité économique au sens large. Des
conséquences qui, jour après jour, deviennent structurelles et rendent la
gestion de la situation encore plus difficile
», explique-t-elle.
Les
tensions récentes dans les camps causées par l’arrivée de nombreux réfugiés à
Lesvos, Lagadikia et Diavata mettent en évidence le manque de coordination
entre les autorités européennes et grecques.
En effet,
les régions se retrouvent pratiquement seules face à l’augmentation des flux de
réfugiés, sans orientation ni infrastructure adéquates. En outre, le fait que
les régions n’ont pas accès directement au Fonds «
asile, migration et intégration» (AMIF) entrave leur capacité de
réponse aux besoins immédiats en matière d’accueil, de procédures d’asile et
d’intégration des réfugiés.
«L’incapacité apparente du
gouvernement à distinguer les réfugiés des migrants illégaux à l’arrivée a
intensifié la situation, qui s’est encore aggravée en raison du manque de
volonté politique et du temps perdu pour l’établissement d’un cadre juridique
flexible pour l’asile
», a déclaré l’eurodéputée Maria Spyraki (PPE).
Selon
elle, il est grand temps de faire la distinction entre réfugiés et migrants
illégaux. «
Ceux qui ne
reçoivent pas l’asile devraient être hébergés dans des structures d’accueil
fermées afin de pouvoir être renvoyé plus tard dans leur pays d’origine
», a-t-elle déclaré.
L’eurodéputée
Eliza Vozemberg (PPE) estime quant à elle que l’augmentation des arrivées est
également une source d’inquiétude pour la saison touristique estivale. «
Pendant la saison touristique, il
est très probable qu’une fois de plus, nous assistions sur les îles grecques à
des scènes comme celles que nous avons connues à l’été 2015, avec des
conséquences douloureuses pour le tourisme et les économies locales.
»
Position
du Parlement européen
Dimitris
Papadimoulis (GUE), vice-président du Parlement européen, a déclaré à Euractiv
que le soutien du Parlement au gouvernement grec sur les questions relatives
aux réfugiés était fort et démontré dans des résolutions qui soulignent les
principes de solidarité et de répartition équitable des réfugiés entre les
États membres.
«Dans le même temps, il y a un
dialogue permanent au sein de la commission des libertés civiles, de la justice
et des affaires intérieures (LIBE) et un soutien clair pour notre pays de la
part d’une majorité des députés européens. Enfin, les eurodéputés de tout le
spectre politique soutiennent fermement la résolution sur les enfants de
migrants et de réfugiés, la poursuite du programme de relocalisation et la
réunification des familles
», a ajouté Dimitris Papadimoulis.
Au cours
des quatre premiers mois de 2018, 18
.939 réfugiés et immigrants sont entrés en Europe,
contre 44
.558 arrivées
enregistrées l’année dernière, selon les données de l’OIM. En 2016, plus de 172
.000 réfugiés sont arrivés sur les
îles grecques, alors qu’un an plus tôt, ce chiffre était de 872
.519, selon le Secrétariat général
des médias et de la communication de la République hellénique.