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En Birmanie, la libéralisation de l’économie menace les peuples et l’environnement

8 Février


La victoire aux élections de 2015 de l’opposition démocratique en Birmanie a généré un grand espoir. Pourtant, explique l’autrice de cette tribune, la « respectabilité » retrouvée de ce pays d’Asie et la libéralisation de son économie ont multiplié les projets menaçant les populations autochtones et l’environnement.
Camille Cuisset est coordinatrice de l’association Info-Birmanie.
Camille Cuisset.
Dans l’État shan, dans le nord de la Birmanie, se trouve la seule centrale thermique alimentée au charbon du pays : Tigyit. Elle se situe à côté de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert de Birmanie. Pour l’installer, les militaires ont confisqué des terres et délogé deux villages. Son exploitation, par une entreprise chinoise et deux entreprises birmanes, a débuté en 2005. Elle est à l’arrêt depuis 2015, à la suite d’une forte mobilisation des habitants. Bilan ? Montagnes détruites, explosions dues aux activités extractives qui ont démoli des pagodes, forte pollution de l’eau et de l’air entraînant des problèmes sanitaires (des éruptions cutanées, des déficiences respiratoires…) et la contamination de la production agricole, dont vit 70 % de la population en Birmanie.
Pourtant, l’entreprise chinoise Wuxi Huagaung a signé un accord d’investissement pour cette centrale. Il y a quelques mois, le gouvernement a autorisé des essais de fonctionnement afin de la remettre en route. En guise de justification, il a affirmé chercher à répondre aux besoins en électricité — 70 % de la population birmane n’a pas le courant. En réalité, la centrale devrait alimenter une usine de fer forgé : le projet Pinpet, une coentreprise russe, italienne et birmane située à soixante kilomètres de Tigyit, en pleine zone en conflit. Alors, de nouveau, les réseaux locaux s’activent et lancent des campagnes pour l’arrêt définitif de la centrale. Syndicats paysans, organisations de défense des droits des femmes et groupes de jeunes se mobilisent pour défendre leurs modes de vie et leur environnement. Ils dénoncent une étude d’impact environnemental opaque et sans réelle consultation des populations.